Microbiote & surpoids

Selon les derniers chiffres, le surpoids et l’obésité dans le monde touchent plus de 2 milliards d’individus, soit près de 13 % de la population mondiale. Cette épidémie n’épargne personne, y compris les enfants, qui représentaient 4 % en 1975, contre près de 20 % de nos jours.

 

Tout le monde s’accorde à dire que ce fléau est multifactoriel, et si nos processus physiologiques sont de mieux en mieux connus, on peut citer parmi ces facteurs : la génétique, l’environnement, la régulation hormonale, l’équilibre cérébral, forcément le type d’alimentation et le niveau d’activité physique, mais également notre microbiote intestinal. Alors, quel est le lien entre ce monde bactérien et la surcharge pondérale ?

Le déluge d’intérêt pour notre microbiote n’a pas épargné les recherches sur ce relationnel. Les espèces bactériennes qui colonisent nos intestins sont scrutés « à la loupe », leur capacité à interagir entre elles ou avec nos autres tissus passionnent les chercheurs. Et on les comprend, car si auparavant nous pouvions entrevoir ces bactéries comme des êtres vivants indépendants, collectivement, elles représentent un organe virtuel ayant une forte activité métabolique. Comme pour le foie, le rein, le cœur... Cette population microbienne dominante est influencée par des facteurs internes et environnementaux spécifiques. Ce duo microbiote/environnement est appelé « microbiome ».

 

Les moteurs du surpoids

Nos adipocytes (cellules stockant les « graisses ») influencent-ils ce microbiote intestinal, et vice versa, le déséquilibre microbien peut-il avoir une influence sur nos « formes disgracieuses » ?

Lorsque nous prenons du poids (alimentation déstructurée, sédentarité...), les adipocytes stockent au-delà du « nécessaire ». Cette hypertrophie engendre une fibrose (sorte de dysfonctionnement du tissu de soutien), puis une hypoxie progressive. Ce manque d’oxygène va entretenir un état inflammatoire et le recrutement de nouveaux adipocytes. Cette inflammation sournoise, entretenue, va entraîner à son tour des phénomènes de résistance, de l’insulinorésistance, et donc des dysfonctionnements dans le stockage et le déstockage des graisses.

Alors, vous me direz, pour perdre du poids, il suffirait de prendre un anti-inflammatoire ? Hélas, non ! Si c’était aussi simple, nous le saurions ! Non, ce qu’il faut modifier, ce sont les causes de cette inflammation insidieuse, et c’est là que notre microbiome intestinal joue lui aussi un rôle, positif ou négatif.  

À son niveau, il existe de multiples régulations, dont certaines sont directement liées à notre réserve adipocytaire. En cas de déséquilibre de la flore intestinale, par l’intermédiaire de protéines spécifiques (FIAF – Fasting Induced Adipose Factor...), certaines bactéries influent négativement sur le déstockage des graisses. Ainsi, les adipocytes « tourneraient à plein régime » et ne cesseraient de se remplir, et, nous l’avons vu, cela a pour conséquences d’entretenir l’hypoxie, l’inflammation, l’insulinorésistance ; les 3 moteurs du surpoids !

Inversement, de mauvaises règles d’hygiène de vie, une pollution environnementale, un stress non contrôlé... s’accompagnent toujours d’un terrain inflammatoire, qui lui-même a des retentissements sur l’équilibre du microbiote.

 

Alors que faire ?

Tout d’abord corriger la balance énergétique. On ne peut manger indéfiniment plus que le corps ne puisse consommer en énergie. Mais au-delà de cet aspect quantitatif, c’est surtout la notion de qualité nutritionnelle qui est primordiale. Ces centaines de milliers de milliards de bactéries que nous hébergeons et qui nous sont indispensables, car elles seules savent dégrader certains aliments, synthétiser des enzymes ou générer par exemple des molécules indispensables à notre fonctionnement, doivent trouver au quotidien de quoi se nourrir. Et leurs mets favoris sont les fibres !

Il y a bien longtemps, nous consommions près de 150 g de fibres par jour ; aujourd’hui, notre ration quotidienne peine à atteindre les 20 g, alors que nos ancêtres « chasseurs-cueilleurs » avaient probablement autant de bactéries à nourrir. Maintenant, trop d’aliments transformés, y compris certaines huiles aux étiquetages alléchants mais qui cachent des graisses modifiées structurellement, moins de fruits et de légumes... et c’est très rapidement un microbiote intestinal qui souffre, qui se modifie, qui proportionnellement laisse la place à d’autres bactéries...

Ces changements dans la répartition de nos grandes familles de bactéries ont très bien été étudiés, et un lien de causalité a bien été établi avec le surpoids et l’obésité. Ces bactéries qui s’installent progressivement au détriment de nos « bons » probiotiques vont générer une fragilité de la paroi intestinale et de l’inflammation localisée. La conjonction de ces deux phénomènes induit le passage dans la circulation sanguine de substances nocives qui paralysent nos systèmes de régulation.

À la sortie des fêtes de fin d’année et des excès alimentaires de ce moment, nous avons tous remarqué qu’ils n’étaient pas propices à cet équilibre recherché par nos bactéries. Le couple sucres transformés/graisses dénaturées est le « diable » pour nos intestins !

À l’inverse, une consommation riche en fibres, en caroténoïdes, en polyphénols, en oméga-3 naturels, en huile d’olive vierge extra, en sucres à index glycémique bas... va stabiliser notre univers intestinal et nous assurer, du plus jeune âge aux âges avancés de la vie, des relations positives entre cet univers caché au plus profond de nos intestins et l’ensemble de nos tissus et organes, comme le cerveau, le foie, la sphère articulaire, notre système immunitaire...

Alors, avant de pouvoir changer notre microbiote, comme cela se fait de manière expérimentale et efficace dans certains domaines, soyons bienveillants à l’égard de nos bactéries les plus intimes, afin qu’elles puissent à leur tour nous aider à corriger notre silhouette...