L’alcool cause 41 000 décès par an !

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la consommation d’alcool ne baisse plus en France. C’est une défaite majeure pour la santé publique, annonce l’Académie nationale de médecine, qui, dès 2012, mettait en garde contre le ralentissement de la baisse de consommation d’alcool en France et l’affaiblissement continu de la loi Évin.

 

En février 2019, Santé Publique France annonce que la consommation d’alcool est la même en 2017 qu’en 2013, et que 30 000 Français et 11 000 Françaises en meurent chaque année, et ainsi initie dès le mois de mars une campagne avec le slogan « Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours » fondé sur de nouveaux repères de consommation (maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, des jours dans la semaine sans consommation). Pourtant, la campagne de prévention « un mois sans alcool » qui devait être lancée par l’agence Santé Publique France en janvier 2020 pour inciter les Français à s’interroger sur leur consommation d’alcool a été annulée, même si l’événement a été repris par plusieurs associations d’addictologie et de promotion de la santé.

 

Des dégâts dus à l’absorption d’alcool

L’alcool est en effet la 1re cause évitable de mortalité des 15-30 ans et la 2e cause évitable de décès de toutes causes et par cancers. Il a des effets toxiques sur le cerveau, le système digestif, le système nerveux, le foie, les muscles dont le myocarde, le système vasculaire, la sphère ORL... Il est cause de retard mental chez l’enfant, et de démence précoce. Il figure parmi les premières causes d’accidents du travail ou de la route. Il est impliqué dans 40 % des violences faites aux femmes et aux enfants. Et pourtant, des effets coronariens (et non pas cardiovasculaires) favorables de l’alcool (et non pas du seul vin) ont permis au lobby alcoolier d’instiller le doute sur les ravages de l’alcool.

 

Mise en œuvre d’une politique de santé

Les analyses convergentes de l’Académie nationale de médecine, l’OMS, l’INCA, la Haute Autorité de santé… ont contribué à attirer l’attention de façon répétée sur la nécessité d’une action efficace contre l’alcoolisation dans un pays qui reste un des plus forts consommateurs d’alcool au monde. Nombre de modalités ont ainsi été proposées, dont :

  • Bannir la publicité pour l’alcool suivant les principes initiaux de la loi Évin.
  • Apporter des indications claires, lisibles et contrastées sur les contenants : quantité d’alcool en grammes, nombre de calories (les boissons alcooliques en sont exemptées, alors que l’alcool d’un verre apporte à lui seul environ 70 calories), mention « l’alcool est dangereux pour la santé » (et non le seul excès), pictogramme pour dissuader de toute consommation la femme enceinte ou qui désire l’être (obligatoire depuis 2006, il est cependant, trop petit, difficile à trouver et à comprendre sans explications préalables),
  • Taxer les boissons alcooliques au gramme d’alcool.
  • Établir un prix minimum de vente par gramme d’alcool.

 

L’Académie nationale de médecine recommande de revenir à une politique basée sur les preuves, et de mettre en œuvre les mesures qui ont une efficacité démontrée et reconnue, mais constate que le lobby de l’alcool parvient à retarder les mesures nécessaires.

Encadré

Plus de 3/4 des Français considèrent que les décideurs sont sous l’influence du lobby alcoolier, et 2/3 considèrent que les producteurs empêchent la mise en œuvre d’une politique de santé efficace. Ils se prononcent à 70 % pour l’interdiction totale de la publicité, pour 58 % en faveur de la taxation de l’alcool, pour 81 % pour un étiquetage spécifique sur les risques de l’alcool, et 90 % trouvent insuffisante la prévention du risque alcool chez les jeunes.